Carte Enez Groe risographie

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cartographie illustrée de l'île de Groix imprimée en risographie. Cette technique d'impression artisanale par couche d'encre déposée sur le papier peut faire apparaître des imperfections, des irrégularités. Chaque affiche est donc singulière et ne correspond pas exactement à la photo. 

Détails de l'article

La cartographie vient accompagnée d'une lettre reproduite ci-après. 

Taille ou dimensions

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taille 420 x 297 cm - papier 115 g 

Lettre à une amie chilienne,

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Te raconter Groix. Ce mot imprononçable en chilien. Groix, ça croasse entre tes lèvres. Tu peux essayer avec le nom ancien, le nom en breton, qu’on parlait ici il y a cent ans à peine. Enez Groe, on dit « enes groai ». C’est un nom presque oublié, comme la langue et l’accent d’ici. Ce n’est pas une langue qui s’est perdue, c’est une langue qui a été interdite. Puis peu à peu délaissée. Aujourd’hui, un seul homme parle breton avec l’accent de l’île. Je vais le voir pour glaner quelques mots. Les noms des poissons et des oiseaux, la manière de parler du vent. Il y en a tant. Il y a les coups de vent d’hiver, au Chili c’est votre viento Norte, ici c’est le Kriaj. Il souffle depuis le Nord Ouest au Nord Est, porté par les dépressions qui s’enroulent autour de l’Irlande. Le Kriaj se prononce « Kriach » on entend le vent qui crache et siffle sous nos ardoises. Il y a le Gevred1, le vent de Sud Est qui emporte les défunts, il y a le vent qui brûle, il y a les vents qui arrivent chargés de pluie. Et puis il y a la Kleienn. C’est une brise qui se lève quand la terre et la mer se réchauffent à tour de rôle sous le soleil. Elle va et vient soufflant de l’une à l’autre. Je l’imagine dansant dans les Coureaux. La Kleienn…

Les mots disent une manière d’habiter, n’est ce pas ? 



Piwisi et Primetur2 ce sont ainsi les deux bords de l’île. Elle ne fait que 8km de long mais elle a longtemps été traversée par une sorte de cassure, dont personne ne connaît trop l’origine. On appartenait à un bord ou à l’autre. Piwisi est dite sauvage, balayée par les embruns. Entre landes et falaises, les petites maisons de pierre baissent l’échine, se recroquevillent les unes contre les autres. En Primetur aussi, les maisons sont collées les unes aux autres. Mais les routes mènent à des ports abrités et des plages de sable fin. Certaines fenêtres regardent la mer du haut de leur étage, ce sont les maisons d’armateurs. Primetur, c’est le bord dit plus riche, plus protégé de l’île.



Depuis la mer, on ne distingue ni l’un ni l’autre. Depuis la mer on n’aperçoit que quelques amers, la marque blanche de Kerlard, le château d’eau, le fort Grognon depuis le Nord. Depuis la mer, l’île est une lande à peine vallonnée posée sur ses falaises d’où s’élance le fulmar boréal ou le fou de Bassan. Depuis la mer, on distingue à peine les sables coquillés et dorés, blanc étincelant ou rouge sombre, poussière de grenat… Depuis la mer, les rêveurs verront peut-être disparaître la queue d’une Gorrigez3, ces sirènes-sorcières. Depuis la mer on ne distingue pas les treid-moh4, les pouces-pieds, ces crustacés insolites, accrochés entre les failles des rochers, faisant face à la houle depuis des millénaires peut-être. Leur ongle nacré traversé par une fine ligne rouge brille au soleil. Quand on les cueille, ils saignent sur le noir des rochers et me font frissonner. Quand tu viendras, si tu viens un jour, je te ferai goûter. Ils racontent l’océan immense et puissant, ils racontent le large. 

Et justement, je voulais te raconter l’île depuis la mer, depuis le large. Vous, au Chili, pour parler du large, vous dites « mar adentro ». Et j’ai toujours trouvé cela si beau. À l’intérieur de la mer. Le poète de l’île, Jean-Pierre Calloch, il dit « é-kreiz er mor », au milieu de la mer. Ce n’est pas vraiment le large (qui se dit « èr-mez »). Mais c’est ça que je voulais te raconter. Vivre au milieu de la mer.

Un abrazo, 

Agathe 



Dans le projet « Cartas », je racontais la mer du Chili à travers une série de cartographies illustrées et de lettres. En écho à ce travail, j’ai eu envie de créer une cartographie de Groix pour raconter à mes amis chiliens, l’île où j’habite désormais. 

www.agathemarin.fr

1Se prononce « djevret » 

2Se prononcent « Puisi » et « Pum’tur » 

3Se prononce « Gorridjez »

4Se prononce « treumouc’h » et se traduit par pieds de cochons.